Fort de ses menaces familières, Eden s'en délesta sans broncher.
Night remarqua immédiatement son expression soudain moralisatrice et prête pour un discours virulent. Comme à chaque fois, il subirait ses longues diatribes interminables et désespérément habituelles.
-Oh putain...Toi, tu vas me faire la moral...devança le brun, moqueur. Attends, je m'installe. Tu permets?
Le brun s'etala nonchalamment sur le lit. Une nouvelle manière de faire la nique à toutes formes d'autorité et de montrer son côté je-m'en-foutiste.
- Alors, qu'est-ce que tu as fais cette fois-ci? interrogea le blond, avec un air paternel qui n'échappa guère à son meilleur ami. Vol ? Bagarre? Atteinte à la pudeur? Substances prohibées? Etat d'ébriété avancée?
- J'ai l'air de cuver, papa? railla Night, d'un ton acerbe. Tu m'as bien regardé, tête de noeud? Je suis parfaitement sobre...
- Bien ! Ca change! Un soucis de moins ! Tu gerberas pas dans ma voiture! C'est un début ! Sincèrement Night, tu déconnes grave... Tu peux pas arrêter tes conneries deux secondes? Tu es incontrôlable ! Tu vas mal finir, je te le dis !
- Pire que ça? Baaah, au moins tu me rends visite! L'accueil est si chaleureux ici! Ces Poulets sont comme ma famille! Regarde autour de toi. N'est-ce pas charmant? Un lit presque propre et de la compagnie. Que demande le peuple? Déjà bien plus gai et meublé que chez moi! Le paradis ! Regarde, j'ai pas l'air heureux là?
Pas vraiment.
L'oeil cerclé de noir à cause d'un impressionnant coquard, le teint blafard et crayeux, la lèvre en sang, taciturne et épuisé, les traits anguleux à cause d'un régime alimentaire anarchique voir inexistant, Night ne payait pas de mine.
Eden soupira, découragé.
- Non, t'as l'air d'un cadavre ambulant. T'es au bout du rouleau, mais tu t'acharnes à me tenir tête! Tu surestimes tes forces! Night, pourquoi refuses-tu mon aide? Viens vivre dans mon appartement ! J'ai un lit dispo, une bonne douche avec de l'eau chaude et un frigo rempli qui n'attendent que toi ! Combien de fois dois-je te le répéter? Ma porte est grande ouverte ! Sois pas si têtu ! Je peux même te trouver un petit job. Laisse-moi te sortir de ce merdier pas possible ! Tu peux pas vivre toute ta vie de cette façon, comme un fugitif sans lieu d'attache. Accepter mon aide ne fera pas de toi un sous-homme, un pique-assiette ou je ne sais quelle chose qui n'existe que dans ton cerveau ramolli par tes excés!
"Parfois, il faut savoir poser l'ancre au port de sa vie. Car la mer est vaste et on finit par s'y perdre pour ne plus voir poindre le rivage. Toujours naviguer vers l'horizon, ne veut pas dire qu'on l'atteindra un jour. Alors, reviens sur la terre ferme et quitte cet océan de devastation"
- Hors de question. lâcha Night catégorique. Tu ne me changeras pas...en toi.
-Je ne veux pas te changer! Juste t'aider! s'énerva Eden, exaspéré. Pense à ton avenir! Trouve ta place, bon sang !
- Ma place est ici.
-En prison? demanda Eden, sans comprendre.
- Non. En enfer.
Pendant un instant, Eden crut que le coeur de Night se délogeait pour venir s'écraser dans sa propre poitrine. Il ressentit sa détresse et plus que tout...sa haine.





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